Sources Chrétiennes

Programme de recherche pour l'édition des textes chrétiens anciens

Colloque – Guillaume de Saint-Thierry (env. 1075 - 1148) : histoire, théologie, spiritualité (lun, 04/06/2018 - 00:00)

Guillaume de Saint-Thierry (env. 1075 - 1148) : histoire, théologie, spiritualité

Lundi 04 Juin 2018 (Jour entier) - Jeudi 07 Juin 2018 (Jour entier)

Le rayonnement de Guillaume de Saint-Thierry, dans les Ardennes, en Champagne et en Belgique, mais aussi bien au-delà, n’est plus à démontrer : deux grands colloques ont déjà été organisés en France, respectivement en 1976 à Saint-Thierry[1] et en 1998 à Signy[2], pour mieux découvrir, outre l’archéologie de ses lieux de vie, sa personnalité et sa théologie.

Depuis cette date, l’édition de ses œuvres a progressé, puisque nous disposons aujourd’hui de textes critiques de qualité dans le Corpus Christianorum Continuatio Mediaevalis[3] ; des traductions dans les grandes langues européennes ont été réalisées[4]. En français, la plupart des textes sont parus dans la collection Sources Chrétiennes, et l’édition de tous ceux qui manquent encore est actuellement en chantier, laissant envisager la mise à disposition des Œuvres complètes en français à l’horizon de 2020[5]. De nombreuses études consacrées à Guillaume ont également vu le jour : citons entre autres, dans le seul domaine francophone, les études de M. Rougé, Doctrine et expérience de l’eucharistie (1999) ; de M. Desthieux, Désir de voir Dieu et amour chez Guillaume de Saint-Thierry (2006) ; de D. Cazes, La théologie sapientielle de Guillaume de Saint-Thierry (2009). Il est temps, vingt ans après le colloque de Signy, de faire le point sur les avancées réalisées, les zones d’ombre qui demeurent, et d’ainsi accompagner l’achèvement de la publication des œuvres

La biographie de Guillaume est désormais mieux établie[6], mais il convient d’approfondir l’enquête en ce qui concerne ses années de formation, de Liège à l’abbaye Saint-Nicaise, et l’histoire des monastères bénédictins rémois au xiie siècle[7]. La publication en français des documents relatifs au chapitre de 1131 permettra de revenir plus précisément sur son rôle d’abbé bénédictin et ses ambitions réformatrices au sein de l’ordre des moines noirs[8].

Ses relations avec Bernard de Clairvaux[9] méritent aussi d’être encore examinées : faut-il réévaluer la figure de Guillaume, conseiller théologique de l’ombre ? Dans la spiritualité cistercienne, on avait coutume d’opposer l’intellectuel Guillaume au docteur de l’amour Bernard. Grâce aux colloques récents consacrés à saint Bernard[10], il convient d’affiner cette perspective, et aussi de situer Guillaume par rapport à l’« intellectuel » Isaac de l’Étoile. Dans l’histoire de la spiritualité cistercienne d’une manière générale, ne faudrait-il être plus prudent avec les appellations ?

Par ailleurs, le rapport de Guillaume aux écoles de son temps, et sa connaissance des méthodes et controverses nouvelles[11], laissent encore ouvertes bien des questions : la parution dans Sources Chrétiennes de la Disputatio, inédite en français jusqu’ici, sera l’occasion de les reprendre. Les études abélardiennes ayant également beaucoup évolué ces dernières années, il faudra relire les écrits polémiques de Guillaume à la lumière d’une connaissance renouvelée de son adversaire.

Ajoutons que l’on manque d’une vue synthétique sur l’utilisation de la Bible par Guillaume : l’analyse des données préparées sur l’ensemble de son œuvre pour Biblindex, index en ligne des citations bibliques dans la littérature patristique, la rendra possible, et le colloque examinera aussi tout spécialement le Commentaire sur l’Epître aux Romains récemment publié en français.

Enfin, le colloque fera aussi une place aux sujets plus usuellement traités, car leur richesse les rend inépuisables : les sources de la pensée de Guillaume, ses lectures[12] ; sa spiritualité[13] et en particulier son interprétation du Cantique ; la postérité de sa théologie et de sa mystique[14], … Une section pourra de nouveau être consacrée à la question de ses méthodes de travail[15].

La synthèse bibliographique réalisée par B. Pennington puis P. Verdeyen jusqu’en 1998[16] sera réactualisée : le projet d’un carnet de recherche en ligne, dédié à Guillaume, sera évoqué.

Le colloque, en un troisième lieu certain de la vie de Guillaume, Reims, réunira des spécialistes internationaux de son œuvre et de l’histoire du xiie siècle cistercien. Il sera l’une des manifestations liées au 50e anniversaire de la reprise de la vie monastique sur la colline du Mont d’Hor, à Saint-Thierry.


[1] M. Bur (éd.), Saint-Thierry, une abbaye du vie au xxe siècle, Actes du Colloque International d’Histoire Monastique (Reims-Saint-Thierry, 11-14 octobre 1976), Saint-Thierry 1979 (= Coll. Saint-Thierry).

[2] N. Boucher (éd.), Signy l’Abbaye, site cistercien enfoui, site de mémoire, et Guillaume de Saint-Thierry, Actes du Colloque international d’Etudes cisterciennes, 9-11 septembre 1998, Signy 2000 (= Coll. Signy).

[3] Opera omnia : n°86, Commentaire sur l’Epître aux Romains ;87 : écrits sur le Cantique ; 88 : traités ; 89 : Oraisons méditatives, Miroir, Enigme ; 89A : œuvres théologiques de controverse avec Abélard ; 89 B : écrits relatifs à la vie de Guillaume.

[4] Voir P. Verdeyen, « Etat des travaux sur Guillaume de Saint-Thierry depuis 1976 », RScR 73.1 (1999), p. 18.

[5] Outre les œuvres parues de longue date – Commentaire sur le Cantique (SC 82, J.-M. Déchanet, 1962) ; Contemplation de Dieu (SC 61, J. Hourlier, 1959) ; Lettre d’Or (SC 223, éd. J.-M. Déchanet, 1976), Oraisons méditatives (SC 324, J. Hourlier, 1986), Miroir de la foi (J.-M. Déchanet, SC 301, 1982) –, les années 2010 ont vu la parution des Fragments de la Vita Prima de Geoffroy d’Auxerre, préliminaires au travail de Guillaume (SC 548, R. Fassetta) ; du Commentaire sur l’Epître aux Romains (SC 544 et 568, A. Baudelet, 2011 et 2014), de la Nature et dignité de l’amour (SC 577, R. Thomas, A. Baudelet, 2015). D’autres textes sont actuellement en cours de préparation et devraient paraître d’ici la fin de la décennie : parmi les œuvres exégétiques, le Commentaire bref du Cantique (A. Louf †, L. Mellerin, D. Cazes) ; parmi les traités, Le Sacrement de l’autel (P. Verdeyen, R. Thomas †, M. Rougé) ; La nature du corps et de l’âme (L. Mellerin, A. Baudelet) ; L’Enigme de la Foi (M. Corbin) ; les trois œuvres de controverse sont également attribuées : la Lettre à Bernard, la Discussion contre Pierre Abélard et la Lettre sur les erreurs de Guillaume de Conches (A. Louf †, D. Cazes, L. Mellerin, A. Noblesse-Rocher). Enfin, le frère R. Fassetta prépare l’édition très attendue de la Vita prima, et un volume rassemblant les Actes du chapitre de 1131, la Lettre du Cardinal d’Albano et la Vie de Guillaume paraîtra avant le colloque (L. Mellerin, P. Demouy).

[6] Cf. les mises au point biographiques de P. Verdeyen (Coll. Signy, p. 409-414 ; « La chronologie des œuvres de Guillaume de Saint-Thierry », CollCist 72 (2010), p. 427-440), l’édition de la Vita Willelmi (Coll. Signy, F. Lebrun, p. 437-459) ; D. Cazes ; « Guillaume de Saint-Thierry à l'épreuve du temps : Du silence à la redécouverte », Cîteaux 53 (2002), p. 5-32.

[7] Cf. la contribution de L. Milis (Coll. Saint-Thierry, p. 261-278).

[8] Son rapport aux courants monastiques et son rôle d’abbé (Coll. Saint-Thierry, A. H. Bredero ; B. Pennington, p. 279-298 et 351-362) ; sur le chapitre de 1131 (Coll. Saint-Thierry, S. Ceglar, p. 299-350 ; Coll. Signy, E.R. Elder, p. 487-504).

[9] Cf. sa contribution à la canonisation de Bernard (Coll. Signy, A. H. Bredero, p. 461-473).

[10] En 1990, « Saint Bernard et la philosophie » (dir. R. Brague, PUF, Paris 1993) ; en 2009 « L’actualité de Saint Bernard » (dir. A. Guggenheim, A.-M. Ponnou-Delaffon, Collège des Bernardins, 2010) ; en 2010, « Bernard de Clairvaux et la pensée des cisterciens » (dir. C. Trottmann, Cîteaux, Commentarii cistercienses, t. 63, 1-4, 2012).

[11] Cf. son rapport aux écoles, avec Abélard (Coll. Saint-Thierry, resp. J. Châtillon et P. Zerbi) ; avec Guillaume de Conches (Coll. Signy, M. Lemoine, p. 527-539).

[12] Cf. les contributions du colloque de Saint-Thierry sur livres et lecteurs (J. Leclercq, p. 101-112) ; les homéliaires (R. Etaix, p. 147-158), les livres liturgiques (J. Deshusses, p. 133-146), le chant (M. Dricot, p. 231-244).

[13] Son portrait spirituel, son vocabulaire (Coll. Saint-Thierry, resp. J. Leclercq, J. Chaurand, p. 413-428 et 363-374) ; sa spiritualité du travail manuel (Coll. Signy, D.N. Bell, p. 475-485) ; sa conception du corps et de l’âme (M. E. Henneau, p. 505-516) ; le rôle de l’Esprit Saint dans sa théologie (A. Rydström-Poulsen, p. 519-525 ; J. Delesalle, p. 589-595) ; sa christologie (E. R. Elder, p. 575-587) ; l’itinéraire spirituel du moine (M. Pfeifer, p. 597-608).

[14] Cf. la contribution sur la mystique flamande (Coll. Saint-Thierry, P. Verdeyen) ; celles sur les béguines rhéno-flamandes (Coll. Signy, E. Zum Brunn, p. 541-553), Marguerite Porète (L. Muraro, p. 555-563) ; Jean Gerson (B. P. MacGuire, p. 565-574).

[15] Cf. les contributions de F. Gasparri, P. Verdeyen, J. Chaurand (Coll. Signy, p. 613-655).

[16] Coll. Saint-Thierry, p. 443-454 ; Coll. Signy, p. 415-436. D. Cazes a déjà bien amorcé ce travail avec la bibliographie de son ouvrage, La théologie sapientielle de Guillaume de Saint-Thierry, Rome 2009, p. 851-887.

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